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Pourchassés par leur église : scientologie.

Von: xenufrance (xenufrance@free.fr) [Profil]
Datum: 02.11.2009 10:55
Message-ID: <4aeeac7c$0$425$426a34cc@news.free.fr>
Newsgroup: fr.soc.sectes
http://www.tampabay.com/specials/2009/reports/project/
le titre en français:

"Pourchassés par leur église: quand vous essayez de quitter la
scientologie,
ils essaient de vous y ramener"

Depuis des années, la scientologie pourchasse et ramène ses membres qui
tentent de s'en aller.

D'anciens staffs décrivent commet l'église les a pourchassés,
enfermés,
coupés de leurs familles et de leurs amis, soumis à des mois
d'interrogatoires, humiliés, et soumis à des travaux physiques
forcés.

L'un d'eux décrit avoir été enfermé dans une pièce et
gardé 24 heures sur
24.

Certains expliquent qu'ils ont subi l'espionnage de leur église des années
durant après l'avoir quittée.

D'autres expliquent qu'on leur imposait une condition pour les laisser
partir: il devaient signer des déclarations louangeuses pouvant ensuite être
utilisées pour les dénigrer si jamais ils parlaient.

Le St Petersburg Times a interviewé d'anciens scientologues de haut rang
ayant coordonné les services d'investigation secrets et supervisé les
méthodes pour faire revenir les staffs qui auraient quitté ou  qui
"blowaient" (ndt: le terme signifie littérallement s'envoler,
éclater, la
scientologie s'en sert pour toute personne quittant la secte).

Ils expliquent que l'église, menée par David Miscavige, tient à
empècher que
ceux qui s'en vont de risquer de raconter les secrets de leur existence en
scientologie.

Marty Rathbun, ancien confident de Miscavige et très haut gradé, explique
que le chef ciblait plus particu!lièrement ceux qui avaient tourné dans les
sphères du pouvoir de la secte et qui auraient pu menacer sa position si on
les laissait faire à l'extérieur.

Lorsque le fondateur Hubbard était à la tête de l'organisation,
"il n'y
avait pas de clotures", explique Rathbun, Si quelqu'un voulait filer, il
filait. Ce n'est que lorsque les purges internes démarrèrent avec
Miscavige - il créait des ennemis - devenant alors une menace à son
encontre, qu'ils ont démarré ce scénario
accélérateur..../...
L'Hiver dans les Montagnes Rocheuses

Tom Cruise et Nicole Kidman devaient se marier la veille de Noël 1990. Où?
Dans un vaste chalet loué à l'extérieur de Telluride, Colorado, une
station
de sports d'hiver à l'entrée de la vallée des Montagnes Rocheuses.

Le couple avait joué ensemble dans "Jours de tonnerre" (Days of Thunder).
Lui, la mégastar, elle, l'australienne en pleine ascension.

Un petit contingent de la base scientologes internationale de Hemet
(Californie) monta dans l'avion de Cruise pour le Colorado.

Miscavige serait témoin de l'acteur principal, Ray Mithoff, scientologue de
longue date proche de Hubbard, officierait. Le chef patissier Pinucio Tisi,
officierait de son côté aux fourneaux avec le chef "cinq
étoiles" Sinar
Parman, pour péparer la fiesta.

Parman avait fait partie depuis 12 ans de l'équipe scientologue
dévouée, la
Sea Org, . Il avait démarré en 1978, après un apprentissage au
Century Plaza
Hotel de Los Angeles. Il était le Chef cuisinier personnel d'Hubbard depuis
deux ans. (Le fondateur aimait  viandes-patates, ainsi que le poisson).

Parman oeuvra ensuite en cuisine pour les "paroissiens" stars à la Base
de
Hemet.

Il cuisina la soupe poulet-nouilles selon la recette de la grand-mère de
Nicole Kidman, l'acteur le complimenta et John Travolta lui remit un carton
de Camel pour son anniversaire. Cruise lui fit cadeau d'une veste portée
dans  "Day and Thunder" et de cigares de la Havane.

Cruise insista pour que le ministre (Mithoff) et les cuisiniers emmènent
leurs épouses pour cette journée.

Noël dans les Rocheuses avec Cruise? Jackie Wolff, la femme de Parman, en
était carrément tourneboulée!

Lorsqu'ils s'étaient mariés quatre années auparavant, Wolff
était assistante
personnelle de Miscavige et de sa femme Shelley (Michelle). Elle repassait
leurs chemises, préparait le petit-déjeuner du couple, les repas et en-cas,
et les réveillait chaque jour.

Depuis, elle travaillait au service du personnel et recrutait des membres
pour la Sea Org.

Avant de s'envoler pour la noce, chacun mit la main à la poche en vue d'un
échange de cadeaux. Wolff acheta un court roman d'Hubbard pour l'acteur,
pour 50 dollars: une semaine de son salaire.

Cruise amena sa suite dans un hôtel dans hotel de Telluride, mais ils
passèrent l'essentiel de leur temps au chalet en location. Parman cusiniait,
Wolff s'occupait des décorations de Noël, nettoyait les chambres et aidait
en cuisine.

Les Miscavige demandèrent qu'on ne donne pas de cadeaux d'origine
scientologue - un clin d'oeil aux invités non-scientologues de la noce. Du
coup, Wolff partit en ville acheter un cadeau de remplacement, un
passe-montagne de ski.

Cruise et Kidman firent leurs promesses à la veillée de Noël comme
prévu.
Les invités sablèrent le champagne et Parman servit le repas, avec gigot
d'agneau.

Le lendemain matin, Wolff et Parman virent que des policiers barraient
l'accès à des paparrazis. Cruise s'arrangea pour que les policiers puissent
se restaurer.

Les jeunes mariés emmenèrent les invités skier pour la
journée. Wolff se
souvient très bien de Tom Cruise descendant les pistes avec son nouveau
passe-montagne.

=
De RETOUR AU TRAVAIL

Les lumières de Telluride baissèrent dès que Parman et sa femme
reprirent le
travail à la base scientologue.

Parman raconte que l'église refusa de lui payer un supplément de salaire
pourtant promis pour son travail au mariage Cruise-Kidman. Il comptait sur
cet argent. Sa carte bleue était passée dans le rouge à cause des
achats de
vètements nécessaires pour Telluride, et il payait ses propres repas! Il se
demandait comment le salaire de la Sea Org pourrait payer cette nouvelle
dette.

Ce n'était pas la première fois qu'il avait fait du bon boulot pour se voir
ensuite pénalisé: "Je baignais dans mon jus, si l'on peut dire..."

Ce n'était pas mieux du côté de son épouse. Ses chefs lui
donnaient des
ordres contradictoires; il arrivait souvent qu'elle travaille très tard et
dorme sous son bureau.

Chacun de son côté, Parman et Wolff pensaient quitter la Sea Org. Mais de
telles idées étaient tabou:  les époux feraient des "Rapports de
Connaissance" (KRs) si leur partenaire violait cette règle. Et si l'un des
deux ne faisait pas un rapport quand il l'aurait fallu,  et que ce
non-rapport ressorte pendant une "confession" scientologue, il risquait
aussi des ennuis.

Wolff sentit que son mari était aussi frustré qu'elle.

"J'ai pris le risque d'amener ça sur le tapis, et quand il a été
d'accord,
c'était comme un "Okay...".

Hubbard reconnaissait que la Sea Org n'était pas pour tout le monde. Le 7
décembre 1976, il publia un ordre intitulé "Leaving and Leaves" -
Congés et
Départs - à propos du maniement des staffs qui partaient. Il expliquait que
ça ne servait pas à grand chose de garder des employés qui ne
voulaient pas
rester; mais il ajoutait aussi que tous ceux qui partaient devaient subir
une "Vérification de sécurité" (Sec Check) afin de
protéger le staff et la
scientologie.

L'église s'intéressait à sa sécurité depuis ses
débuts sous Hubbard, puis
sous Miscavige, car elle était sans cesse sous le coup d'investigations
officielles et de procès.

Les staffs se servaient de cabines téléphoniques et de dépôts
du courrier
faits selon des règles complexes pour empècher que des informations ne
tombent entre de mauvaises mains. Les membres de la Sea Org utilisaient des
pseudonymes. Le vrai prénom de Rathbun, c'est Marty, et non Mark. Le chef de
la sécurité Morehead utilisait "Jackson" comme patronyme.

On faisait tout façon CIA, explique Parman. C'était ainsi qu'on vivait
alors.

A la mort d'Hubbard en 1986, ses lettres de règlements devinrent la boussole
de l'église. Mais 'Congés et Départs" présentait une
contradiction: si on
laisse partir les gens comme ils veulent, comme le demandait cette règle,
cela pouvait compromettre la sécurité. Mais si on les gardait jusqu'au
moment où on avait acquis la certitude qu'ils ne présentaient plus de
risques sécuritaires, ils risquaient d'estimer qu'on les séquestrait.

Les anciens de la Sea Org disent que sous la houlette de Miscavige, l'église
mit davatage de pression sur la sécurité. Ca devint plus difficile d'en
sortir.

Si des staffs comme Parman et Wolff voulaient s'en aller, on leur demandait
de "router off" - s'en aller selon des règles draconiennes -  protocole
pouvant exiger des mois. Cela incluait un régime de tâches
ménagères
quotidiennes et de "sec checks", des confessions destinées à
soutirer tout
ce que pensait la personne, et les raisons pour lesquelles elle voulait
partir.

Sinon, il leur restait le choix de "blower" - filer à la cloche de bois,
prendre la poudre d'escampette, moyen plus expéditif mais déclenchant la
"déconnexion" forcée par l'église. Si les gens partaient
sans faire
convenablement leur "routage off", ils étaient alors
"déclarés suppressifs"
et perdaient leurs amis et leur famille scientologues.

Parman et Wolff avaient une décision à prendre.


LE CHEF DE LA SECURITE

S'en aller présentait un second obstacle: ils partageaient une petite maison
appartenant à l'église avec le couple de Gary Morehead, chef de la
sécurité
de 1990 à 1997: c'est lui qui dirigerait l'équipe qui les pourchasserait.

Morehead a raconté avoir établi avec Rathbun un "exercice pour les
blows",
un plan que suivait l'église lorsque quelqu'un s'en allait sans permission,
ce qui se produisait peut-être une fois par mois.

L'exercice consistait à deviner quel chelin le fuyard suivrait afin de le
rattraper avant qu'il ne partage les secrets avec avocats ou avec les
médias.

"J'étais sous pression pour les retrouver, explique Morehead en faisant
allusion à ceux qui lui donnaient les ordres. Et j'avais vraiment
intérêt à
les retrouver, je ne vous dis que ça."

Le personnel filait aux aéroports, aux arrèts de bus. Les scientologues
appelaient les hotels jalonnant la voie probable qu'emprunterait le fuyard,
en prétendant vérifier leur réservation. Ils appelaient les parents.

L'intensité de cette chasse dépendait surtout de ce que savait le fuyard,
raconte Rathbun, alors l'un des principaux lieutenants de Miscavige. Rathbun
supervisait et participait aux missions de récupération des staffs.

Rathbun : "Tout dépendait de la proximité de la personne avec
Miscavige, de
ce qu'elle savait de lui et des problèmes que pouvaient poser les
informations en sa possession."

Il explique que Miscavige démarrait chacune de ses journées en demandant
s'il y avait eu des problèmes pendant la nuit, et si quelqu'un avait filé.

"Je devais le lui raconter et soutenir l'assaut provoqué."

Morehead, qui faisait ces rapports à Rathbun, décrivait les partants comme
des "canons d'informations libérées" - "Il fallait qu'ils
reviennent, qu'ils
soient contrôlés avant qu'ils aient le temps de faire du
dégât."

Rathbun confirme: "je pouvais donner des ordres à autant de staffs que je
voulais, mettre dix gars sur la route si utile. C'est surprenant à quel
point on a réussi la plupart du temps à récupérer les fuyards
avant qu'ils
n'arrivent à leur destination."

Lorsqu'ils ne réussissaient pas de suite, dit-il, ils continuaient, et ça
pouvait durer des semaines s'il le fallait."

Morehead se rappelle d'une nuit où  Julie Caetano, staff Sea Org,  a sauté
dans le van d'un artisan, et qu'il la poursuivie dans deux voitures de la
base.

Morehead : "On les a suivis pendant trois heures avec des pointes à 160
à
l'heure, dans les comtés de Riverside et San Bernardino, jusqu'au moment où
le van a traversé un terrain cahotique." Le lendemain, ils se sont
relancés
à la poursuite de Caetano, qui a accepté de rentrer.

L'église n'a pas répondu aux questions à propos de cet incident.

Mike Rinder, l'ancien patron des services secrets scientlogues, relate que
son service cherchait parfois les fuyards en utilisant leurs cartes de
crédit et comptes bancaires. [NDT: le traducteur connaît le cas d'un fuyard
rattrapé ainsi en pays étranger alors qu'il allait à sa banque.]

Les numéros de compte provenaient de Morehead, dont les gardes ouvraient
tout le courrier de la base, et notaient toutes les nouvelles informations
financières personnelles. Morehead explique qu'on racontait aux staffs que
leur courrier personnel devait être ouvert pour raisons de sécurité.
On ne
leur disait pas qu'on notait leurs infos financières.

"J'avais les comptes et cartes de crédit, les numéros de
sécurité sociale et
renseignements de l'état civil, les numéros de téléphone etc.
de tout le
monde, excepté les super-super-cadres, j'avais tout ça, dit-il."

L'église se servait aussi de ce qu'elle avait appris lors des séances de
"conseil" (auditions) de ces fuyards, c'est ainsi qu'elle pouvait
déterminer
leurs faiblesses et les pressions possibles pour les faire revenir,
explique-t-il.

Ils utilisaient aussi les "dossiers d'éthique" relatant les
transgressions,
des "confessions", et de l'ensemble de ce que l'église avait obtenu sur
des
questionnaires remplis par les staffs, y compris tous les jobs qu'ils
avaient tenus, les amis, leurs relations sexuelles.

Lorsqu'elle récupérait un fuyard, l'équipe se servait parfois
d'autres
personnes  pour influencer l'individu pour qu'il revienne.

On disait à ceux qu'on récupérait qu'ils risquaient la
déconnexion de leurs
amis et de leur famille.

On leur expliquait que le monde d'au-dehors était sans pitié, truffé
de
drogues, de crime et de folie...

Et pour finir: "Ils mettaient leur éternité en jeu."

La scientologie enseigne que les gens sont des êtres spirituels passant de
vies en vies et habitant dans une suite infinie de corps. Seule l'église se
dit capable de provoquer la conscience de ces choses et de l'aider à s'y
retrouver.

C'est là l'argument définitif utilisé par l'équipe de
récupération
lorsqu'elle retrouvait une cible: "Tu pars mais tu risques de perdre tout ce
pourquoi tu as travaillé: ton éternité."

"Comment contrôle-t-on une personne? En la menaçant de lui faire perdre
ce
qu'elle pense avoir de plus précieux, dit Rinder. C'est ça la prison mentale
dans laquelle les gens étaient internés."

L'église dit que Morehead et son équipe agissaient "sans
s'inquiéter du
bien-être du membre du staff en fuite."

Dans le bulletin intitulé "Blows Off" daté du 31 décembre
1959, Hubbard
explique que quelqu'un qui veut s'en aller a fait quelque chose de nuisible
contre l'église, que cette personne le cache et que c'est ce qui la
perturbe. La seule solution responsable serait alors d'aider la personne à
nettoyer ses exactions.

Morehead dit qu'il le croyait, quand il tentait de récupérer les gens.

"Dans ma tête, la sécurité était d'abord secondaire ; mais
petit à petit, on
découvrait que tout était orienté vers la sécurité: on
en avait rien plus à
foutre, de la personne."

=
DEMARRER UNE VIE NOUVELLE

Parman et Wolff, alors âgés d'environ 35 ans, voulaient repartir pour une
nouvelle vie, et non pas attendre que l'église leur dise qu'ils étaient
prèts.

Un mois après le mariage Cruise-Kidman, ils prirent une semaine pour mettre
au point leur "blow" et choisirent un dimanche matin, c'est à dire un
moment
où le personnel peut prendre son repos hebdomadaire. Il s'écoulerait des
heures avant le premier appel.

Ils savaient d'avance que l'église les rechercheraient en raison des postes
qu'ils avaient tenus. Tous deux avaient travaillé avec Miscavige, et Parman
avait passé pas mal de temps avec Hubbard et d'autres
célébrités de
l'église.

Ils attendirent que Morehead et sa femme s'endorment dans leur chambre,
ramassèrent quelques affaires et filèrent.

Une heure plus tard, ils s'arrètèrent dans une station pour casser la
croûte
et décompresser. Ils allèrent ensuite chez les parents de Parma, à
Los
Angelès, empruntèrent 2000 dollars et prirent la route nord le long de la
côte.

Un jour ou deux plus tard, Parman gagna quelques centaines de dollars au
craps avant de les reperdre, tandis que sa femme achetait quelques habits
qu'elle pensait nécessaires pour trouver un job dans le monde
non-scientologue.

"On va dans la chambre d'hotel et il y a une télé - et oh! maintenant,
on a
le droit de regarder la télé! c'était l'aventure,
raconte-t-elle."

Ils appelèrent leurs parents et apprirent que l'église avait
téléphoné, et
les cherchait. Les soeurs de Wolff avaient aussi eu droit à des appels, mais
personne n'avait trahi leur localisation.

Ensuite, ils allèrent chez le cousin du beau-père de Madame Wolff à
Carson
City. Elle se forma à la vente. Son mari fit le manutentionnaire et le
déménageur.

Parman: "c'était bien; ici, on avait de l'espoir."

Ils se croyaient en sûreté, dit Wolff. On pensait qu'ils ne nous
retrouveraient jamais chez le cousin du beau-père.

EN CHASSE

L'église engagea des enquèteurs privés pour faire parler les parents
du
couple, relate Morehead.

"Ils attendaient jours après jour, et prenaient les membres de la famille en
filature. La famille ignorait complètement ces filatures provoquées par
l'église.

La surveillance paya au bout de quelques jours. On découvrit le couple dans
leur logement provisoire et dans le magasin de meubles.

De retour à la base, Morehead et son équipe ne perdirent pas de temps.
"Plus
les fuites duraient longtemps, moins c'était facile de ramener les gens. Les
familles avaient des arguments pour qu'ils restent."

Ils prirent un vol pour l'aéroprt international d'Ontario, à une demi-heure
de voiture.

Je n'ai jamais conduit aussi vite de ma vie, raconte Morehead, muni par
sécurité de 3000 dollars - il fallait qu'on soit là, là,
c'était la
compulsion qui nous faisait avancer.

Vers  Carson City.


DECOUVERTS

Parman entendit taper à la porte aux premières heures du matin. Il regarda
par la fenètre.

"On se regarda, et "Oh mon dieu, mon dieu, qu'est-ce qu'on va faire? Je
tremblais, j'étais énervée, et ..."qu'est-ce qu'on va leur
dire..."

L'idée de refuser d'ouvrir la porte et de demander au groupe de partir ne
les effleura pas. Parman et Wolff étaient si énervés qu'ils
réagirent en
obéissant. Ils invitèrent le groupe dans la salle de séjour.

L'entourage scientologue incluait deux officiers de sécurité et deux
enquèteurs privés en plus de Morehead.

L'équipe leur délivra le message, qu'ils appellent "Facteur de
Réalité" ou
"R-Factor"; ce message provenait des superviseurs ayant examiné leurs
dossiers de "conseil" (audition) à la base. L'équipe demandait que
les
Parman les accompagnent à leur hotel, qu'ils fassent des "Sec Checks" et
pensent à "router off" de la Sea Org dans les règles.

Ils dirent qu'il y avait des "auditeurs" qui attendaient à l'hotel, un
pour
chacun, afin des les aider.

Le couple leur dit qu'il irait. Parman baissa la garde face à l'argument
prétendant que son éternité état en jeu.

"C'est leur gros hameçon, raconte-t-il: c'est votre avenir pour les
millénaires à venir, ils appuient à fond là-dessus."

Pendant plus d'une heure, l'équipe de sécurité fouilla leurs
affaires, leurs
sacs, leurs vètements. Ils dirent chercher des photos du mariage de Cruise
et Kidman... et ne trouvèrent rien du tout.
LES FUYARDS REVIENNENT

La scientologie décrit "l'audition" ou "auditing" comme un
genre de conseil
spirituel.

L'auditeur qui dirige la séance pose des questions prévues pour localiser
des images mentales douloureuses dans le passé, celles-ci étant
supposées
limiter son potentiel. Le sujet tient deux boites de métal reliées à
un
appareil dénommé "électromètre" , censé
mesurer les courants ou "charges"
associés  à des épisodes ou incidents perturbants.

Il y a aussi le Sec Checking, un genre d'audition destinée à
découvrir si la
personne aurait fait quelque chose de néfaste pour le groupe.

Des staffs ayant filé à l'anglaise comme Parman et sa femme sont
baptisés
scientologiquement  "Particules de sécurité" et isolés de
tous les autres,
afin d'empècher que ces autres ne copient leur tendance à s'enfuir.

A la base, ils furent souvent envoyés à la "Old Gilman House",
derrière un
marais. A Clearwater, ces "particules de sécurité" sont
assignées au
Hacienda Garden sur North Saturn Avenue, une unité du 'Rundown force de
réhabilitation' également connue sous le charmant terme de "la bauge
à
cochons".

Une grande part des fuyards est envoyée au Projet Force de Réhabilitation.
Là, il leur est interdit de prendre la parole si on ne la leur adresse pas;
ils sont isolés de leur famille, et souvent soumis à des "sec
checks"
quotidiens, des heures durant.

L'église explique que le RPF est un programme que les individus auraient
choisi, fournissant un environnement d'isolement à un membre du personnel,
afin de l'encourager à s'analyser. En mélant du travail physique à
des
périodes d'études "religieuses", des sec-checks et des auditions,
les
employés peuvent se réformer.

Bruce Hines répond que le RPF consiste en contrôle mental. Il a 58 ans
maintenant, il enseigne la physique à l'université du Colorado à
Denver. Il
a quitté la scientologie voici six ans après y avoir passé trente
années.

Il pense avoir audité des employés quelques 15000 heures, dont un tiers
à
effectuer des "sec checks".

"Faire un sec-check à un fuyard, ça s'appelle
"interrogratoire" en
scientologie. Les exactions découvertes durant les sec checks sont notées
par l'auditeur et fréquemment postées sur le tableau d'affichage ou
claironnées lors du rassemblement quotidien."

Il continue: "Quoi que vous ayiez fait, on le fait savoir; et plus c'est
moche ou juteux, mieux c'est. C'est ça que je pratiquais quand j'étais un
vérificateur des sec-checks, un sec-checker.

"Si la personne a blowé, qu'elle a filé sans atorisation, on
espère qu'ils
passeront de l'état d'esprit:" Je ne veux pas être ici. Laissez-moi
partir.
Vous, les gars, vous me séquestrez." à cet autre état d'esprit :
"J'ai fait
du mal à cette organisation, s'il vous plaît, laissez-moi rester avec
vous."

Pour sortir du RPF, explique Hines, le staff doit découvrir pourquoi il est
destructif.

"On ne s'intéresse pas à ce qu'on a fait de mal, mais aux choses
néfastes
qui vous y ont poussé. Ca part de l'idée qu'on est là parce qu'on a
le mal
en soi. Et qu'on doit l'en extirper."

Le porte-parole mondial scientologue Tommy Davis répond que "c'est
extrèmement offensant" de décrire les confessionaux scientologues de
cette
manière. "Donner à l'individu l'opportnité de se
débarrasser des
transgressions est aussi vieux que la religion elle-même," dit-il.

Fin 1994, une séance d'auditon d'un VIP scientologue avait mal tourné. Hines
dit que Miscavige l'a réprimandé, et il a passé six de ses huit
dernières
années scientologues dans le RPF, comme auditeur de ces staffs qui passaient
leurs journées à nettoyer la Base, à repeindre de vieux mobil-homes,
et à
construire des remises.

Pour avoir le droit de s'en aller du RPF, la "particule de
sécurité" doit
démontrer que ses intentions néfastes ont disparu. Il faut qu'il
démontre
une volonté nouvelle, un nouveau sens des responsabilités. Les membres de la
Sea Org appelent cela une "ressource auto-générée".

Hines  l'a baptisée: "complètement d'accord avec tout".
PRENDRE LA DECISION

A l'hotel de Carson City, Parman et Wolff furent audités et
"sec-checkés"
jour après jour pendant plus d'une semaine.

Entre les séances, ils jouaient aux cartes ou regardaient la
télévision.
Après cela, l'équipe de récupération leur dit qu'il
était temps de prendre
leur décision. Revenir à la Base, préserver votre
éternité, vos relations
familiales... "Si vous voulez partir, routez off dans les règles -- partez
après avoir obéi à tout ce que prévoit la scientlogie en
pareil cas,
pourrait-on traduire.

Wolff: "Nous avons discuté avec Sinar et décidé de rentrer
à la Base.
Aussitôt, c'était comme si on était déjà dans l'avion,
dans l'heure qui
suivit."

L'église avait jusque là payé les tickets d'avion, la nourriture et
l'hotel
pour neuf personnes, des gardes assurées 24h sur 24 par les privés, et
d'autres frais.

Morehead : "On avait vraiment beaucoup beaucoup dépensé sur ces
deux-là."



ASSOUPLISSEMENTS

Avant de rentrer sur Hemet, Wolff appela sa mère en lui assurant qu'elle
avait encore l'intention de quitter la scientologie, mais qu'elle désirait
le faire selon les règles de l'église. Elle voulait pouvoir continuer  la
scientologie si elle s'en allait, donc, il fallait qu'elle soit encore "en
bon standing" [expression scientologaise disant que la secte considère que
vous êtes en bons termes avec elle et avec les scientologues]

C'est un ami qui avait entraîné Wolff dans l'église 11 ans auparavant,
alors
qu'elle avait 25 ans. Elle se souvient encore d'avoir réalisé quelque chose
en regardant des rosiers alors qu'elle était petite fille.

"Je savais que j'avais déjà vécu avant, que je vivrais de
nouveau ensuite,
mais j'ignorais comment ça se passait. C'est ce qui a fait entamer ma
recherche. Que faisions-nous sur cette planète?"

Son audition scientologue lui fit se souvenir de sa vie précédente:
conductrice ayant perdu le contrôle de sa voiture, elle avait percuté un
transformateur et était morte électrocutée. C'était moi,
ça," raconte Wolff.

C'est ce qui lui revint lorsque Morehead et son équipe dirent que c'aurait
été une erreur de mettre leur éternité spirituelle au
placard...

De retour à Hemet, le couple passa ses journées à la Old Gilman
House. Ils
étudièrent des livres scientologues et réhabilitèrent une
vieille serre.

S'ils violaient un règlement, s'ils parlaient de leurs frustrations, ça se
retrouvait tôt ou tard dans leurs vérifications de sécurité.
Dans ce monde
de confession permanente, aucune pensée n'était à l'abri dans leurs
têtes.

Au bout de six mois, Wolff s'assouplit: "En quelque sorte, on commence à
mieux se sentir en soi, et à avoir des remords pour ce qu'on a fait. Comme
si on avait déserté notre groupe, comment peut-on faire une chose
pareille?"

Paul Kellerhaus, de la sécurité de la base, s'assit avec elle et poussa
Wolff a prendre une décision, raconte-t-elle: il suggéra que son mari
voulait maintenant rester à l'église. Est-ce qu'elle voulait divorcer, de
son côté?

"J'ai probablement voulu m'en aller jus'à la dernière seconde;
j'étais
déterminée, je refusais de changer ma décision, et puis soudain,
j'hésitais:
ohlala, ça pourrait arriver, si je m'en allais, ça serait tout aussi
pénible..."

Elle se mit à pleurer: "Okay, je reste."

Elle explique que Kellerhaus se servit de sa décision pour obtenir la même
chose de son mari, qui décida aussi de rester.
LE VRAI DEPART

En juillet 1991, ils démarrèrent leurs nouveaux jobs à la base, Wolff
devenue jardinière et Parman, électricien. Dix mois après, ils
tentèrent à
nouveau leur chance de parvenir à une nouvelle existence. Ils ne se
cassèrent même pas la tête pour se cacher.

Ils chargèrent la voiture aux premières heures de la matinée et
partirent
pour Los Angelès, chez les parents de Parman.

Il emmena sa femme à Disneyland pour son anniversaire, et prit un poste de
Valet dans une boutique d'hotel hollywoodien. Wolff aida ses beaux-parents à
repeindre et s'occuper d'embellissements de leur maison.

Ils eurent très vite la visite d'un "superviseur des cas" [c'est un
"technicien" chargé de planifier et corriger les auditions et les
auditeurs]
de l'église, accompagné de deux auditeurs. Le couple accepta le
"routage
off" mais en disant qu'ils ne remettrait pas les pieds à la base.
L'église
s'arrangea pour les faire venir à son grand complexe hollywoodien pour y
recevoir davantage d'auditions, de sec-checks et de cours scientologues.

Ils rentraient le soir chez les parents de Parman.

Cette routine prit huit mois, de mai 1992 à janvier 1993.

Wolff se souvient de ce qu'elle pensait: "Je veux partir. Je ne changerai
plus d'avis."

Ca tint jusqu'à ce qu'on lui donne un boulot qui lui plut au département
Trésorerie de l'église. "Ca a modifié ma décision."

A la demande de l'église, elle parla avec Parman pour qu'il reste.

Il revint en bonne grâces et récupéra un poste de chef cuistot.

Wolff fut mutée à un poste de recherche portant sur les vidéos que
l'église
montre dans ses nombreuses célébrations. Elle y allait parfois :
c'étaient
des affaires ténébreuses parsemant des laïus enflammés ou des
explications à
propos du brillant avenir de la scientologie.

A la même époque, le couple se séparait: ils divorcèrent en
1998.

Wolff s'en alla pour la troisième fois en 1999. Ils la retrouvèrent chez sa
soeur, et elle revint de nouveau, espérant "router off"...

On la fit cette fois vivre dans une remorque à côté de la Old Gilman
House,
avec une fille qui s'y trouvait depuis un an. Elles faisaient leur cuisine
sur une plaque dans ce que Wolff décrit comme un garage reconverti. Elle y
passa plus de six mois.

Wolff se souvient d'un petit groupe qui passa à l'extérieur , une nuit du
nouvel-an 1999, lorsque les cloches sonnèrent à minuit, et qu'elles
observaient ce qui se passait de l'autre côté du marais -- "on
était là, à
pleurer... "

En attendant, Parman était devnu le chef personnel de Miscavige, souvent en
voyage avec le dirigeant, qui tenait à rester mince.

"Je lui donnais quelque chose comme cinq repas quotidiens, qui devaient
compter un nombre exact de calories, tant de proteïnes, tant de
carbohydrates, et tant de graisse, et tout ça devait avoir bon goût."

En 2001, lorsque tomba la nouvelle du décès inexpliqué de Lisa
McPherson,
Parman accompagna longuement Miscavige à Clearwater.

C'est alors qu'au cours d'une séance d'audition, il se rendit compte que les
promesses de liberté spirituelle de l'église ne tenaient pas la route. Un
des principaux majors du "centre de technologie religieuse" (RTC) de la
secte lui demanda en séance d'audition à l'électromètre
comment il se
sentait par rapport aux séances.

Parman était en réalité furieux, ce que l'appareil aurait dû
détecter, mais
ni lui ni l'auditeur ne virent quoi que ce soit.

Il s'étonna...Comment est-ce possible? Le lendemain, entre le repas du matin
et celui du midi pour Miscavige, il alla s'offrir une vieille Honda Civic à
1800 dollars et partit. Des semaines plus tard, alors qu'il état chez ses
parents, il se rendit compte du travail d'un privé qui le suivait.

Peu après, des représentants de l'église prirent contact et le
prièrent de
revenir. Parman leur répondit qu'il voulait qu'on lui fiche la paix.

Il signa en 2001 des papiers demandant qu'il ne parle pas de ce qu'il avait
vécu dans l'église. Il était officiellement dehors...

Cette année-là, son ex-épouse travaillait sur la ligne d'assemblage
et de
réparation des électromètres, dont elle devint la contremaître.
Le nombre de
ses staffs diminua de moitié, mais on la pria de continuer à produire
autant. Elle bossait fréquemment de 8h30 jusqu'au lendemain à 2, 3 ou 4
heures du matin.

En octobre 2003, on l'appela au hall du mess de la Base, pour une séance de
confession en groupe. Wolff dut prendre le micro face à quelques centaines
de staffs, avec les supervisuers de la séance qui l'incitaient à parler, les
staffs qui se fichaient d'elle et l'enguirandaient de ne pas avoir atteint
ses cibles de production.

Pour la 4e fois au cours de ses 24 années en scienotlogie, Wolff demanda à
"router out".

L'église l'expédia dans un ranch isolé à "Happy
Valley", où les
vérifications de sécurité prirent près de quatre mois.

"Si j'avais eu assez de tripes, dit-elle, j'aurais juste pris la poudre
d'escampette, c'est tout, mais j'avais trop peur, vous savez?"

Elle confessa tout ce qu'elle put imaginer, mais l'électromètre continuait
à
indiquer qu'elle ne disait pas tout. C'était vraiment un cauchemar,
dit-elle.

On finit par lui dire "Ca y est."

Wolff signa une déclaration datée du 12 janvier 2004, où elle
s'accusait de
tout et où l'église était blanche comme neige. "Je sais que ce
que j'ai fait
viole les règles de l'église, je ne blâme personne sauf
moi-même. "

Elle reçut un "préavis" de 500 dollars et partit chez sa soeur
à Orange
County.

Sa maman, Detta Groff, explique que toute la famille retenait son souffle,
craignant qu'elle ne reparte encore. Elle raconte que sa fille en a bavé.

" Mais elle cherchait quelque chose, c'était déjà un soulagement
qu'elle
soit revenue."

Lorsque nous avons questionné la scientologie à propos du départ du
couple,
elle a dit que s'ils revenaient à chaque fois, c'était leur
décision...
l'église dit que Wolff faisait un sale boulot et qu'on l'en avait expulsée.
Elle dit que Parman exagère son importance en parlant des
célébrités pour
qui il a fait la cuisine.

Parman et Wolff nt signé des documents confessant leurs "fautes" afin que
l'église les laisse tranquilles. Ils affirment qu'ils ne seraient pas
revenus à la Sea Org si l'église n'avait pas répété ses
interventions
répétes mais jamais demandées.

"Ils font comme s'il n'y avait pas eu de pressions, explique Wolff, ils
collent un vernis sur la réalité de ce qui s'est vraiment
passé."

Parman rappelle que la première fois qu'ils étaient partis, ils
étaient
excités d'avoir commencé une vie nouvelle, et d'avoir trouvé du
travail.

"Dire qu'on serait rentrés en l'ayant décidé? Pourquoi
serions-nous partis
dans un autre état? Pourquoi avoir essayé de disparaître, alors?"
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Joe Childs est éditeur en chef du Times Tampa Bay: il a supervisé le travail
effectué sur la scientologie depuis 1993. Son mail: childs@sptimes.com

Thomas C. Tobin est un rédacteur du Times ayant travaillé sur la
scientologie depuis 1996. Son mail: tobin@sptimes.com.



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