nntp2http.com
Posting
Suche
Optionen
Hilfe & Kontakt

L'identité nationale à travers le prisme de la poésie de Michel Sardou

Von: Soeur Izsur -Legato (sil@yopmail.org) [Profil]
Datum: 03.11.2009 18:38
Message-ID: <4af06a89$0$924$ba4acef3@news.orange.fr>
Newsgroup: fr.soc.politique

Je reçois une lettre de Mariah-Samanthah, lectrice qui prépare son bac
STG pour la quatrième fois et qui réclame mon assistance.

Au secours, cher comte, notre prof de français nous a donnés un devoir
à
rendre pour jeudi et je n'ai aucune idée pour commencer. Le sujet est :
« En quoi cette chanson de Michel Sardou constitue-t-elle une
contribution au débat sur l'identité nationale ? Vous vous appuierez sur
des exemples tirés du texte et d'autres œuvres du même poète. »
Comme
jeune pop de gauche, je ne peux comprendre que les chansons d'Enrico
Macias et de Carla Bruni, mais dans ce cas les paroles me semblent bien
difficiles à comprendre.Je ne saisis pas toutes les références
culturelles, serais-je donc une mauvaise Française ? C'est ce que me
disent déjà mes amis d'extrême gauche qui militent au Modem, mais je
ne
peux suivre de tels anarchistes qui n'ont aucun sens de la modération.



Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a le bon vin
On a le bon pain
Et cetera



Notons tout d'abord l'antithèse entre ils et on, deux pronoms dont les
référents sont imprécis, car non désignés auparavant.
Pour les
identifier, il faut faire appel aux présupposés des destinataires du
poème. On est bien entendu l'artiste et son public qui entretiennent les
mêmes clichés. Ils représente les pays producteurs de pétrole,
mais il
n'est pas possible de les nommer plus pour l'instant.
Remarquons la construction des strophes qui seront toujours écrite avec
le même schéma : un distique qui évoque ils et qui comprend un lien
restrictif (mais), un tercet qui évoque on. Le distique présente les
avantages et les inconvénients d'une situation, le tercet ne présente
que des avantages. Autant dire que la balance est plus favorable pour on.


Ils ont le pétrole
Mais c'est tout
On a les cailloux
On a les bijoux
On a les binious



Comme il s'agit d'un texte qui se sert des lieux communs afin de
défendre ses préjugés et sa supériorité nationale, le
fin rhéteur qu'est
Michel Sardou s'est servi de deux images convenues : le rappel à
l'instruction publique par les mots cailloux et bijoux qui évoquent les
règles de grammaire de l'école traditionnelle et l'évocation de la
richesse du folklore français capable d'intégrer les joueurs de binious.
Ce passage est particulièrement subtil, parce que le mot bijoux est
lui-même d'origine bretonne, ce qui démontre la capacité de la France
à
faire de bons mots français à partir de langues étrangères.
Notons
encore un degré de lecture supplémentaire du fait du calembour au sujet
des cailloux qui sont aussi des bijoux. Cela renvoie à la fréquentation
de la place Vendôme par les riches représentant des pays pétroliers,
mais on ne sait encore lesquels. Tout est en allusions subtiles et
discrètes.



Ils ont les dollars
Et c'est bien
On a les man'quins
Les grands magasins
Le Paradis Latin
Ils ont les barils on a les bidons
Mais pour boire où vont-ils
Chez Dom Pérignon


Voici que se précisent les centres d'intérêt de ces ils
étrangers qui
viennent en France chez on. Les belles femmes des défilés de mode ou des
revues de cabaret, la consommation de luxe où les pétrodollars peuvent
être bien employés. La vision géo-économique de Michel Sardou
repose sur
une saine répartition des tâches selon les pays. Il est évident que
François Pinault, Bernard Arnaud et Alain Bernardin contribuent
hautement à la fondation de l'identité nationale, bien plus que de
grands penseurs.


Ils ont le pétrole
Pour trente ans
On a du vin blanc
Des blés dans les champs
Pour au moins mille ans.



Dans cette strophe, nous trouvons une illustration parfaite trente ans
plus tard de l'avis fort autorisé de notre admirable président selon
lequel « La terre fait partie de l'identité nationale ». Relevons le
don
prophétique du poète, mage visionnaire tel Hugo ou Vigny, qui en 1979 a
bien vu la disparition du pétrole cette année alors que les cours du
blé
se situent à un niveau jamais égalé auparavant, sans aucun
problème de
surproduction.

Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a des idées
Un gaspy futé
Un Martel à Poitiers

Le poème suit une progression par des implicites de plus en plus
explicites. Lee barde fait ici allusion à deux campagnes publicitaires
de son temps : le slogan « En France, on n'a pas de pétrole, mais on a
des idées » et le thème de la chasse au gaspi dont le personnage
fétiche
Gaspy a été accolé à celui de Bison futé, l'idée
commune étant
l'automobile. Notons que l'actualité d'époque est mise en perspective de
manière historique par le rappel de la bataille de Poitiers qui a permis
de chasser les Arabo-musulmans de France. Doit-on penser qu'il s'agit
d'abord de justifier l'expulsion des étrangers ? Le texte est plus
nuancé que cela, comme on le verra.



Ils ont les dollars
C'est très bien
Nous des têtes de lard
De gaulois grognards
Et chauvins



Voici exposés trois caractéristiques fondamentales de l'identité
nationale : d'abord elle est nationaliste (le Français est chauvin),
attachée à son histoire nationale (les grognards font allusion aux
soldats de Napoléon dont faisait d'ailleurs partie le soldat Chauvin,
nos ancêtres les Gaulois sont cités), à ses traits de caractère
(la
gauloiserie ou le goût pour les plaisanteries égrillardes, la grogne et
l'entêtement représenté par la tête de lard). Remarquons
d'ailleurs que
le lard ne peut pas faire partie des traditions culturelles d'ils.

Quand ton puits s'ra sec ... plus d'jus dans l'citron
Plus personne à La Mecque
Viens à la maison
On boira mon vin
De bon cœur



Admirons la manière par laquelle le poète a su repousser à la fin de
son
œuvre l'identité des ils de manière à susciter l'intérêt
de l'auditeur.
Admirons aussi la manière par laquelle il conçoit l'intégration des
immigrés d'origine musulmane : par l'abandon de leurs spécificités
culturelles et de leur religion. C'est ainsi que l'identité nationale
française peut devenir universelle et peut se permettre d'accueillir des
réfugiés économiques qui ont su s'adapter aux valeurs
républicaines
grâce à leurs dollars, sans passer par la case de la valeur travail.

Tu mangeras mon pain
J'demand'rai la main
De ta sœur

Quand ton puits s'ra sec
Viens à la maison
On boira cul-sec
En vieux compagnons



Ce poème appartient à un genre très bien déterminé du
XXe s. : l'œnodie
ou chanson à boire dans laquelle se sont illustrés d'immenses artistes
comme les Charlots ou le Grand Jojo et les Joyeux Bituriers ou Bézu ou
surtout ces extraordinaires et talentueux chanteurs que furent les
Musclés. Elle est une variante du grand genre comique troupier qui
entend faire l'unité d'un ensemble disparate de personnes en utilisant
leur plus bas rire et en figeant les participants dans une caricature
dans un jeu de rôles totalement éloignés de ce qu'ils sont. Reprendre
ces airs en chœur est un signe certain d'acceptation de l'identité
nationale, plus que le fait d'entonner le Temps des cerises ou la
Chanson de Craonne.



http://champignac.hautetfort.com/archive/2009/11/03/54ef337f541d8c08d50d7f73c6954584.html


[ Auf dieses Posting antworten ]