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Une vision sexuee de l'histoire. le joli fascisme d'Abel Bonnard dit Gestapette

Von: Bien a vous (bien.a.vous@orange.fr) [Profil]
Datum: 06.11.2009 22:35
Message-ID: <Xns9CBBE5DCF3126bienavousorangefr@193.252.117.183>
Newsgroup: fr.soc.homosexualite
1940-1945 - Années érotiques
Patrick Buisson

Portrait (extrait) d'Abel Bonnard, surnommé "Gestapette" par la
résistance...

----------------------------------------------------------
[...]
Au printemps 1937, Doriot l'invite à prendre la parole à l'occasion d'un
meeting du PPF dans son fief de Saint-Denis. Pour Bonnard, tout est nouveau
: le décor comme le public, composé en majorité d'ouvriers et
d'anciens
militants communistes. L'événement est pour lui à la fois un choc et
une
rupture. Maurice Martin du Gard en éclaire la dimension psychologique : «
Soudain, il s'entend : sa voix domine l'assemblée populaire, il la touche,
il l'enflamme, quelle surprise pour lui-même ! On l'acclame ; il en pleure.
Il a découvert le peuple ; le peuple l'admire, il est admirable. Voilà
promu tribun le causeur de salon. » En présence de l'athlétique Doriot
dont
l'éloquence évoque si bien le sang et la sueur des travailleurs, Bonnard
aurait-il eu la révélation d'un nouveau destin ? S'est-il senti brusquement
supérieur au rôle que la vie lui avait jusque-là alloué ? Sans
doute ne
veut-il plus être le « charmant », le « raffiné »
Abel Bonnard, encore
moins le « régal des délicats ». Pas plus qu'il n'entend
continuer à vivre
dans le « vilain monde de la bourgeoisie » quand le PPF lui propose un «
parti de vrais hommes suivant un vrai chef ». À travers le fascisme, c'est
à une révolution esthétique qu'il adhère, à un
soulèvement contre l'«
empire de la laideur » symbolisé par la démocratie et
façonné par l'esprit
bourgeois. Le 4 juin 1937, il est reçu à Berlin par Hitler pour un
entretien que publie Le Journal. La dramaturgie du national-socialisme
qu'il découvre pour ainsi dire en mouvement le bouleverse. Ce délicat ne
demandait qu'à tomber amoureux de la force. Ce qui le submerge dans la
mythologie nazie, c'est à la fois une théorie globale de l'état
viril, ce
schéma relationnel du Mannerbund aux vertus érotico-politiques et le culte
du corps masculin à travers l'imagerie d'une beauté moderne, saine et
sportive.

Lorsqu'une jeune et mince Allemagne fait irruption, le 14 juin 1940, sur
les Champs-Élysées, Bonnard y reconnaît son rêve, tout comme il
le retrouve
dans le Porte flambeau et le Porte-glaive, les deux statues monumentales
destinées à la nouvelle chancellerie du Reich - ces « modèles
de perfection
» venus remplacer la « petite humanité malade » - qu'Arno Breker
lui fait
découvrir en novembre 1941 à l'occasion du voyage des écrivains
français
outre-Rhin. Tous ses choix politiques, sa conception même de la
collaboration découlent d'une vision sexuée de l'histoire selon laquelle
l'Allemagne serait l'élément mâle du vieux continent, le principe
viril et
fécondant de l'Europe nouvelle. En comparaison, la France ne lui apparaît
plus que comme une nation abâtardie, au comble de la décadence. « Ah !
le
peuple français, s'exclame-t-il un jour devant Joseph Barthélemy, quel
peuple affreux ! Et il l'était déjà au XVIIIème siècle.
Comment peut-on lui
rester attaché, quand nous avons près de nous, que dis-je ! chez nous, un
peuple tendre, sentimental, affectueux, et qui ne manque jamais une
occasion de nous manifester sa bonté [...]. Ich batte ein Kameraden, ça
vous a une autre gueule que La Marseillaise. » Quels que soient les lieux
et les auditoires, le discours d'Abel Bonnard, durant les quatre années de
l'Occupation, se ramène à un thème unique, obsessionnel, envahissant
:
c'est un discours sur le corps, un discours qui fait du corps la projection
et le réceptacle de la race, un enjeu idéologique, un objet d'affrontement
entre partisans de l'« homme nouveau » et adeptes de l'« homme du refus
».
Il en a tracé l'épure dans un article de La Gerbe, en novembre 1940,
où il
assigne à la jeunesse la tâche de « redonner un style à l'homme
français »,
de « former des faisceaux de viriles énergies », de « bannir le
règne de la
laideur » et de « faire rentrer la beauté en triomphe dans la vie de
tous »
par la pratique intelligente et réglée du sport, le respect des disciplines
et des saines vertus".

Au ministère de l'Éducation nationale, en charge de la « fleur de la
race
et du sol », il se définit comme le « jardinier de ce printemps si
tendre
qui pousse sous un ciel sombre », multiplie les adresses aux jeunes dans ce
langage précieux, sucré, amphigourique qui ne parvient pas toujours à
contenir une excitation suspecte même aux oreilles les moins attentives.
Chacune de ses interventions publiques l'expose à un périlleux
dédoublement. Le ministre voudrait se donner les apparences d'une âme
romaine, l'orateur est souvent piégé par les dérapages de sa libido.
Exposant sa conception de l'« homme complet » réconcilié avec la
nature et
les exercices du corps, il lance devant les stagiaires d'éducation physique
réunis en septembre 1942 : « L'homme nouveau [...] sentira son âme
redescendre dans tout son corps, s'y dilater, s'y épanouir, couler le long
de ses muscles, jouer jusqu'au bout de ses doigts. Devenez forts, sains,
lestes, calmes, gais, bienveillants, en vous attachant à la beauté du
monde, devenez beaux ! » Message immuable qu'il ressasse encore, le 8 mars
1944, à l'occasion d'un rassemblement des jeunes des Équipes nationales,
salle Récamier, comme si, à l'heure où se précise la
défaite de son camp,
il n'était pas d'autre urgence, pas de mission plus impérieuse à
accomplir
: « Vous avez à créer un nouveau type d'homme français [...],
vous avez à
devenir beaux. Au lieu de la prétention sans beauté, il faut retrouver la
beauté sans prétention qui est la beauté de la race. »

Tout aussi invariablement, le modèle qu'il cite en exemple à ses jeunes
auditeurs est celui des miliciens de Joseph Darnand. Parce qu'ils
incarnent, selon lui, ce qui dans la nation se rapproche le plus de l'«
altière beauté de l'homme allemand », parce qu'ils représentent
à ses yeux
les spécimens les plus aboutis de cette régénération de la
race grâce à
quoi la France pourra occuper pleinement sa place dans l'Europe nouvelle.
Dès janvier 1942, Abel Bonnard s'est penché en parrain bienveillant sur le
Service d'ordre légionnaire, embryon de la future Milice française, dont la
loi du 30 janvier 1943 consacrera officiellement les statuts. Le 3 octobre
1942, il a vu parader les hommes de Darnand dans le parc Borély, à
Marseille, et ce défilé avait un « caractère si vif, si
décidé, si mordant,
une maigreur si nerveuse » qu'il en a gardé une « impression profonde
». Il
a vibré à la prestation de serment solennelle de ces légionnaires
à la
fière allure malgré leurs tenues dépareillées (« un
pauvre uniforme sans
agréments, sans parure », regrette-t-il dans un souffle), il a eu le
sentiment d'assister à la « naissance d'une chose saine, virile, vivace
»,
il est reparti convaincu que c'était là la force dont la France avait
besoin, le rassemblement où allaient se former les faisceaux de viriles
énergies. Aussi participe-t-il, début janvier 1943, à la
réunion
constitutive de la Milice qui se tient à l'Hôtel thermal de Vichy en
présence de Laval, Darnand, Platon et Marion. Sa conception du rôle
politique de la Milice ne diffère guère de celle que s'en font les autres
participants, sa manière de l'exprimer, en revanche, est unique et les
chefs miliciens rassemblés le 30 janvier ne vont pas tarder à s'en
apercevoir. « La guerre actuelle, leur déclare-t-il, est une guerre
d'enfantement [...]. Elle marque le passage d'un homme à l'autre [...].
L'opinion n'est qu'une énorme femelle. Je reconnais et salue
l'élément mâle
de la nation. Français virils qui m'écoutez, regardons les choses en face
pour recevoir de la difficulté même une incitation à agir. »
Jusqu'au bout
le ministre esthète restera fidèle à ses miliciens plus encore
qu'à la
Milice elle-même. À Jacques Laurent, dépêché par Maurice
Gaït, son ancien
directeur de cabinets, pour lui conseiller de mettre une sourdine au
soutien bruyant qu'il apporte aux hommes de Darnand qui multiplient les
opérations sanglantes et les actions de représailles contre la
Résistance
alors même que les Alliés viennent de débarquer sur le territoire
national,
Bonnard réplique, écumant de rage : « Quoi ! Vous osez insulter ces
jeunes
gens aux méplats si parfaits" ! »
[...]

1940-1945 - Années érotiques
Patrick Buisson

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