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Le mythe de la surpopulation.

Von: fff, http://alteferians.blogspot.com/ (news@alteferians.org) [Profil]
Datum: 30.10.2009 15:59
Message-ID: <m3pr853p2h.fsf@alteferians.org>
Newsgroup: fr.soc.economie
27 octobre 2009

Ceux qui prétendent que la croissance démographique est le gros
p
roblème
environnemental sont en train de blâmer les pauvres pour les
péch
és des
riches

Le mythe de la surpopulation
George MONBIOT

Au début des années soixante, l’OMS (Organisation
Mondial
e de la Santé)
tint à Genève une réunion peu
publicisée mais capitale,
dont le but
était d’examiner un danger majeur pour l’espèce h
umaine : la
surpopulation du globe. Nous étions en train d’atteindre les s
ix
milliards et rien, désormais, ne pouvait plus freiner l’explos
ion
exponentielle. Ni épidémies ni guerres n’allaient y
suffi
re. Alerte
rouge. Que faire ?


Assistaient à ce mémorable brainstorming des
représentants d
e la science
en marche et un peu aussi du capital, dont, entre autres, des cadres
d’I.B.M., alors objet des attentions détonantes de la Rote Arm
ee
Fraktion (plus connue sous le nom de Bande à Baader - NDR), et feu
Robert McNamara, occupé quant à lui à
résoudre la quadr
ature du cercle
au moins au Vietnam, à l’aide de napalm, de défoliants
et
d’agent
orange.


N’y assistaient pas les Chinois, qui allaient opter chez eux pour la
solution pragmatique d’un seul enfant autorisé par famille (fi
n des
années 70).


N’y assistait pas non plus l’écrivain anglais John Cow
per Powys, qui
venait de mourir (1961) et qui aurait pu être pourtant de bon conseil,
car il avait écrit, en substance : « La terre ne produit-elle
pas
assez
de fruits pour nourrir tous les enfants des hommes ? Bien sûr que si.
Il
suffirait que ces fruits soient répartis entre eux équitablement
et que
certains hommes cessent d’accaparer stérilement ce qui est n
écessaire à
la survie de tous. » (Nous résumons.)


Au moment où les progrès foudroyants de la technologie ont rendu
inutiles à ces « certains hommes » le travail
fourni par la
majeure
partie des autres, mais où cette majeure partie, devenue improductive,
va avoir le mauvais goût de continuer à manger...

Au moment où l’OMS semble avoir renversé ses
prioritÃ
©s et, au coude à
coude avec les détenteurs abusifs des moyens chimico-biologiques de
sauver ou d’exterminer leurs semblables, prétend nous protÃ
©ger, par la
force, d’une pandémie fantôme...


Il devient urgent, pour la « majeure partie »,
d’identifi
er correctement
les dangers réels qu’elle court et de prendre elle-même
l
es mesures
adéquates pour y faire face. Le révérend Swift
étant mo
rt, M. George
Monbiot, pour sa modeste part, s’y est collé (le 28 septembre
dernier,
dans le Guardian). C.L.


Ce n’est pas une coïncidence si ceux qui sont
obsédé
s par la croissance
démographique sont d’opulents hommes de race blanche, qui ont
passé
l’âge de se reproduire : c’est bien la seule question
environnementale
pour laquelle ils ne sont pas à blâmer. Le brillant
spéciali
ste des
systèmes de la terre, James Lovelock, par exemple, a prétendu le
mois
dernier que « ceux qui ne voient pas que la croissance
démographi
que et
le changement de climat sont deux faces d’une même
médail
le, sont soit
ignorants, soit refusent de voir la vérité. Ces deux
énormes
problèmes
environnementaux sont inséparables, et discuter de l’un en ign
orant
l’autre est irrationnel. » (1) Eh bien, c’est Lovelock
qui est ignorant
et irrationnel.


Un article publié hier dans la revue Environment and Urbanization
(Environnement et Urbanisation) montre que les endroits où la populati
on
a augmenté le plus vite sont ceux où
l’émission de c
arbone dioxide a
augmenté le plus lentement, et vice versa. Entre 1980 et 2005 par
exemple, l’Afrique Sub-Saharienne a produit 18,5% de la croissance
démographique mondiale, et à peine 2,4% de
l’augmentation
de
CO2. L’Amérique du Nord n’a produit que 4% de populati
on en plus, mais
14% des émissions de carbone excédentaires. Soixante-trois pour
c
ent de
la croissance démographique mondiale sont à imputer
à des en
droits du
globe où l’émission de CO2 est très faible.


Même ceci ne rend pas une image exacte de la
réalité. Lâ
۪̩tude souligne
qu’à peu près un sixième de la population est
si pau
vre qu’elle ne
produit aucune émission de carbone significative. C’est aussi
ce groupe
dont la croissance en population est susceptible d’être la plus
forte. Aux Indes, des foyers où l’on gagne moins de 3.000 roup
ies par
mois (± 43 €) consomment, par tête, un
cinquième de
l’électricité et un
septième du carburant d’un foyer où l’on gagne 30
.000 roupies ou
plus. Ceux qui dorment dans les rues ne consomment pratiquement
rien. Ceux qui vivent de la récupération des
déchets (2) (un
e grande
partie de la sous-classe urbaine) économisent souvent plus de gaz Ã
 
effet de serre qu’ils n’en produisent.


Beaucoup des émissions pour lesquelles les pays les plus pauvres sont
blâmés devraient, en bonne justice, nous être
attribuée
s. Les torchères
des compagnies exportatrices de pétrole du Nigéria, par exemple,
ont
produit plus de gaz à effet de serre que toutes les autres sources de
l’Afrique Sub-Saharienne mises ensemble. Même la
déforest
ation, dans les
pays pauvres, est causée principalement par les opérations de
liv
raison
de bois, de viande et de fourrage aux consommateurs des pays riches. Les
paysans pauvres font infiniment moins de mal.


L’auteur de l’article, David Satterthwaite, de l’In
stitut International
pour l’Environnement et le Développement, fait remarquer que l
a vieille
formule enseignée à tous les étudiants en
développement
selon laquelle
l’impact total (du CO2 sur l’environnement) équivaut
à la population x
la richesse x la technologie (I =PRT), est fausse. L’impact total
devrait être mesuré ainsi : I = CRT, c. à d.
consommateurs
x richesse x
technologie. Beaucoup de gens dans le monde consomment si peu qu’il
s ne
figureraient pas dans cette équation. Or, ce sont eux qui ont le plus
d’enfants.


Alors qu’il y a une corrélation faible entre le
réchauffe
ment global et
la croissance de la population, il y a une corrélation forte entre le
réchauffement global et la richesse. Je suis allé jeter un coup
d
’oeil à
quelques super yachts, me disant que je pourrais avoir besoin d’un
endroit où traiter les ministres du Labour dans le style auquel ils so
nt
habitués. D’abord, j’ai jeté mon
dévolu sur
le RFF 135 de la Royal
Falcon Fleet, mais quand j’ai découvert qu’il ne conso
mmait que 750
litres de fuel à l’heure, je me suis rendu compte que je nâ
€™allais pas
impressionner Lord Mandelson avec ça. Je n’en mettrais non plu
s plein la
vue à personne du côté de Brighton avec
l’Overmarine
Mangusta 105, qui
ne pompe que 850 litres à l’heure. Le rafiot qui m’a t
apé dans l’oeil
est fabriqué par Wally Yachts à Monaco. Le Wally Power 118 (qui
d
onne
aux wallies – lisez tarés - une sensation de puissance) consom
me ses
3400 litres à l’heure, quand il voyage à 60 noeuds.
Câ
€™est presque un
litre à la seconde. Une autre façon de le dire est : 31 litres
au
km.


Évidemment, pour faire un vrai tabac, il me faudra l’équi
per en teck et
en acajou, embarquer quelques jet skis et un mini-sous-marin, amener mes
invités à la marina en jet privé et en
hélicoptère
, les nourrir de
sushis au thon à nageoires bleues et de caviar beluga, et conduire la
bête à une allure telle que la moitié de la vie
sous-marine
méditerranéenne sera réduite en purée.
Propriétair
e d’un de ces yachts,
je ferai plus de mal à la biosphère en dix minutes que la plupart
des
Africains n’en font dans toute leur vie. Là, oui, on peut dire
que ça
chauffe, baby !


Une de mes connaissances, qui fréquente les gens de la haute, me dit
que, dans la ceinture banquière de la vallée de la Tamise
InfÃ
©rieure, il
y a des gens qui chauffent leur piscine extérieure à la
tempÃ
©rature du
bain d’un bout de l’année à l’autre. Ils
aiment y regarder les étoiles
en faisant la planche par les belles nuits d’hiver. Le carburant de
chauffage leur coûte 3.000 £ par mois (soit ±
3200 €
). Une centaine de
milliers de personnes, vivant comme ces banquiers, épuiseraient les
écosystèmes nécessaires à notre survie
plus rapidement
que 10 milliards
de gens vivant comme la paysannerie africaine. Au moins les
super-friqués ont-ils le tact de ne pas trop se reproduire, si bien que
les riches vieillards qui jettent l’anathème sur la reproducti
on leur
fichent la paix.


En mai, le Sunday Times a fait paraître un article intitulé :
Â
« Un club
de milliardaires se mobilise pour faire rendre gorge à la surpopulation
». Il révélait que « certains
éminents milliardair
es américains se sont
rencontrés secrètement » pour décider
quelle bonne caus
e ils pourraient
soutenir. « Un consensus a émergé pour adopter une
stratÃ
©gie
stygmatisant la croissance démographique en tant que menace
environnementale, sociale et industrielle potentiellement désastreuse
». En d’autres termes, les ultra-riches ont
décidé q
ue c’étaient les
très pauvres qui étaient en train de saloper la
planète. On
se défonce
pour trouver une métaphore adéquate, mais en vain :
c’est
au-delà de
toute caricature.


James Lovelock est, avec Sir David Attenborough et Jonathan Porrit, un
des parrains d’OPT (Optimum Population Trust, ou « Trust pour
une
Population Optimale »). C’est là une des douzaines
dâ
€™organisations «
caritatives »  dont le seul but est de décourager les gens de
fai
re des
enfants, au nom du sauvetage de la biosphère. Mais je n’ai pas
été
capable d’en trouver une seule dont le but fût de mettre en ca
use
l’impact sur la biosphère du comportement des très riches.


Les pinailleurs pourraient me rétorquer que ceux qui se reproduisent
rapidement aujourd’hui pourraient, demain, devenir plus riches. Mai
s,
comme les super-riches accaparent une part toujours plus grande du
gâteau et que les ressources comment à être
à sec, cett
e éventualité
diminue de jour en jour. Il y a de fortes raisons sociales d’aider
les
gens à contrôler leur procréation, mais de
très faibles
raisons
environnementales. Sauf chez les populations les plus opulentes.


L’Optimum Population Trust feint d’ignorer que le monde va
vers une
transition démographique : les taux de croissance de la natalité
baissent à peu près partout, et le nombre
d’êtres hu
mains a des chances,
d’après un article paru dans Nature, de culminer, en ce XXIe s
iècle, aux
alentours de 10 milliards. La plus grande partie de cette croissance se
fera chez ceux qui ne consomment presque rien.


Mais personne ne prévoit une transition dans la consommation. Les gens
font moins d’enfants au fur et à mesure qu’ils devienn
ent plus riches,
mais ils ne consomment pas moins, ils consomment davantage. Comme le
montrent les habitudes des super-riches, il n’y a pas de limites
à
l’extravagance humaine. On peut s’attendre à ce que la
consommation
augmente, de pair avec la croissance économique, jusqu’à
emboutir les
amortisseurs de la biosphère. Quiconque comprend ceci et continue Ã
 
considérer que c’est la population et non la consommation qui
représente
LE gros problème, refuse, comme le dit Lovelock, de voir la vérit
é. (4)
C’est la pire espèce de paternalisme : celle qui blâme le
s pauvres pour
les excès des riches.


Mais où sont donc les mouvements de protestation contre la richesse
puante qui détruit nos systèmes de vie ? Où est
l’ac
tion directe contre
les super yachts et les jets privés ? Où est cette fichue lutte
d
es
classes, quand on a besoin d’elle ?


Il serait temps que nous ayons assez de coeur au ventre pour mettre le
doigt sur la vraie plaie. La plaie n’est pas le sexe, c’est
l’argent. Ce
ne sont pas les pauvres, ce sont les riches.


George Monbiot

http://www.monbiot.com

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