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AVATAR

Von: Hans E Gretel (grmpaer@worldonline.fr) [Profil]
Datum: 10.09.2009 12:35
Message-ID: <C6CEA2F9.F2F5A%grmpaer@worldonline.fr>
Newsgroup: fr.rec.cinema.discussion
Lundi matin, dans un cinéma des Champs-Elysées, la Fox conviait
la presse à
découvrir vingt-cinq minutes du nouveau film de James Cameron, Avatar, qui
sortira en France le 16 décembre, deux jours avant la sortie sur le
territoire américain. Le producteur Jon Landau jouait avec brio le monsieur
Loyal lançant les extraits prélevés dans la
première partie du film et
dévoilant une bonne partie de l’intrigue (les geek, furieux, se
bouchaient
les oreilles). Cette projection prend place dans une stratégie
inédite de
dévoilement d’un film suscitant une extraordinaire attente et ce
au-delà de
la simple diffusion de différentes bandes annonce sur le Net comme
c’est
désormais l’usage. Déjà, le 21
août, quinze minutes du film avait été
montrée au public au cours de séances gratuites qui ont
attiré, en France,
12 000 spectateurs. Dans le Los Angeles Times, Cameron expliquait que,
partant d’un scénario original, il ne pouvait
bénéficier du phénomène de
reconnaissance dont profitent les franchises type Marvel et qu’il lui
fallait absolument créer sa propre marque « Avatar
»  : « Le mot veut dire
quelque chose pour le groupe de fans qui attendent le film, mais pour 99 %
du public c’est un mot absurde et nous devons leur en apprendre la
signification. » Imprimer la marque et tabler une fois encore sur un
super-banco au box-office en rassemblant le public le plus large possible,
c’est évidemment pour Cameron une manière de
défier son propre exploit
Titanic (2 milliards de dollars de recettes) en sidérant une nouvelle fois
la planète entière avec une épopée aux
effets spéciaux dantesques (et un
budget en rapport  : 174 millions d’euros).
Une fois chaussées les lunettes 3D, on est à nouveau saisi par
la capacité
hollywoodienne à inventer des simulacres toujours plus
sidérants. La
présence quasi palpable des matières (chair,
végétaux, vêtements…)
créées
par ordinateur pour donner vie à la planète Pandora,
décor principal de
l’action, donnent à la fable une densité
hyperréaliste à la fois jouissive
et effrayante. Comment ne pas être pris de vertige en voyant
évoluer ces
créatures si concrètes, si apparemment douées
d’âme et qui pourtant ne sont
ni hommes ni artefact (mais bien « hybrides », «
avatars » justement)  ? On
est frappé moins par l’originalité de
l’imaginaire recyclant des motifs
éprouvés (bastons avec des monstres préhistoriques,
déploiements militaires,
love-story, etc.) que par la synthèse éblouissante que le film
accomplit
entre le virtuel et le vivant.
Avatar fonctionne comme un Rubicon technique, économique et
esthétique que
César Cameron se risque à franchir
héroïquement. La capacité de l’industrie
à le suivre, c’est-à-dire à
s’aligner sur ce type de défi, pose néanmoins un
certain nombre de problèmes. Ce n’est bien sûr pas la
première fois, ni la
dernière, que Hollywood se retrouve ainsi à la
croisée des chemins. Mais
cette fois, à l’image des changements culturels
planétaires qu’accélère le
développement de la culture numérique, c’est
l’ensemble du modèle
hollywoodien qui est remis en cause  : la crise de Hollywood est globale
parce que Hollywood est globalisé. Le plus gros souci présent
pour
l’industrie californienne de l’entertainment, c’est le dumping
fiscal auquel
procèdent désormais la majorité des Etats
américains pour attirer les
tournages. La crise budgétaire et sociale que connaît la
Californie
accentuant l’exode de nombreuses productions ailleurs aux Etats-Unis ou
carrément overseas, en Europe notamment. La mise à jour des
technologies
constitue l’autre grand obstacle que l’industrie du cinéma
américain, puis
mondial, va devoir franchir. Le grand basculement vers le numérique
(l’équipement des salles est en passe d’être
accompli sur le territoire
américain), n’était qu’un préalable
à l’invention de nouvelles façons de
concevoir le cinéma et de le consommer. Les techniques 3D
inédites dont
Avatar fait la démonstration sont très probablement la lanterne
d’avant-garde d’un mouvement de fond, le prototype d’une forme
mutante et
immersive du cinéma, dont le Speed Racer des frères Wachowski
illustre une
autre tendance. Que ce soit le réalisateur de Titanic qui s’en fasse
le
prophète donne quelque consistance à ces
imprécations. Mais on peut aussi se
demander si la méthode Cameron ne commence pas à
éprouver ses limites. C’est
comme s’il voulait, avec Avatar, jouer le rôle du
démiurge qui fait
transmuter toute une industrie avec un seul film.
Mais, alors que l’on annonce pour l’an prochain la mise sur le
marché des
premiers téléviseurs 3D (les PC adaptés au relief
existent déjà), l’argument
de Cameron – qui ne voit de salut pour le cinéma en salles
que dans la
fabrication de spectacles high-tech sans équivalent
domestique – perd déjà
un peu de sa substance. Enfin, on peut se demander si la course aux
armements numériques dont Avatar est le nouvel exemple n’est pas
désormais
un modèle qui heurte notre réalité politique en
crise. Il y a une forme de
gâchis non-durable, un affolement et une attente de plus en plus difficile
à
satisfaire qui flatte et épuise le business du cinéma
américain, toujours en
quête de nouveaux prodiges et de nouvelles marges. A cette aune, il faudra
bel et bien que Cameron tienne ses promesses et qu’Avatar soit de la bombe
atomique.



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