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L'inquiétant reflux démocratique en Afrique

Von: jkjkjkjkjygygygy.frdrdwqwqwqerer@yuyuyfgfgdcdcd.lkl [Profil]
Datum: 10.10.2009 05:25
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http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/l-inquietant-reflux-democratique-en-afrique
_792985.html
http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?idy2985&k


L'inquiétant reflux démocratique en Afrique

Par Vincent Hugeux, publié le 09/10/2009 10:30

Putschs, scrutins trafiqués... Le sanglant naufrage de la junte guinéenne
n'est que le dernier avatar en date d'une inquiétante régression.

Le vent mauvais de la régression politique balaie l'Afrique francophone.
Il a déferlé sur Conakry (Guinée), théâtre le 28
septembre d'un atroce
carnage (lire l'encadré ci-dessous). Mais ses rafales ébranlent partout
les fragiles acquis des deux décennies écoulées, laissant dans leur
sillage des putschistes absous par les urnes, des scrutins sans cesse
différés, des Constitutions expurgées de tout antidote au poison
autocratique et des dynasties naissantes, où le fils reçoit en
héritage le
sceptre paternel.

Point d'angélisme. Jamais les ex-colonies françaises n'ont fait figure de
paradis pluralistes. Mais, au moins, l'éveil de sociétés civiles
ardentes
et brouillonnes imprimait-il un élan, aujourd'hui freiné sinon brisé.
En savoir plus
Notre carte des pays d'Afrique où la régression démocratique est
inquiétante

Notre diaporama sur ces pays où le présidence vire à la tentation
dynastique

Fatalité? Non, bien sûr. Une convergence de facteurs éclaire le
phénomène.
A commencer par la faiblesse des structures étatiques héritées de
l'ère
coloniale, trop précaires pour transcender l'allégeance ethnique ou
contenir les appétits de militaires enclins à se poser en ultime recours
face au chaos. Handicap originel qu'aggrave la mansuétude d'un Occident,
France en tête, obsédé par la stabilité des régimes en
place, garants
supposés des approvisionnements énergétiques, de la maîtrise
des flux
migratoires, voire d'une lutte efficace contre le terrorisme islamiste, le
trafic de drogue ou la corruption. Les despotes, eux, jouent de ces
hantises et pratiquent volontiers le "chantage à la Chine". Il s'agit
pour
ceux qu'irritent les sermons vertueux de céder aux avances pressantes de
Pékin, peu regardant sur les droits de l'homme ou l'orthodoxie budgétaire.

Ici commence un bref périple au royaume du reflux démocratique.

Mauritanie: pour solde de tout mécompte

L'élection du 18 juillet dernier consacre le triomphe de Mohamed Ould
Abdelaziz, cerveau du putsch mené un an plus tôt aux dépens d'un
président
élu. L'ex-général reçoit l'imprimatur de l'Union africaine
(UA), qui
réintègre Nouakchott dans ses instances avant même le scrutin, puis du
Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, bailleurs
prompts à débloquer les crédits gelés.

La France, elle, rengaine vite ses griefs envers un galonné désormais
très
en cour à l'Elysée, tenu pour un allié sûr dans le combat
contre la
"déstabilisation de l'aire saharo-sahélienne", où
sévissent les jihadistes
d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI).

Hasard? Total vient d'entreprendre une campagne de forages dans le nord du
pays.
Cauchemar à Conakry

Un pays riche en minerais mais peuplé de miséreux, dirigé par un
clown
tragique, lui-même otage d'une armée de soudards. Tel est le sort de la
Guinée, endeuillée par la tuerie du 28 septembre (au moins 157 morts et 1
200 blessés, fauchés dans un stade de Conakry par les balles des
"bérets
rouges"). Lors de son accession au pouvoir, en décembre 2008, le capitaine
Moussa Dadis Camara a la cote: sa junte supplée alors le défunt despote
Lansana Conté, et son purisme révolutionnaire - haro sur les corrompus et
les cartels de la drogue - séduit Paris. A présent, le sous-officier,
vindicatif et mégalo, qui prétend concourir lors de la présidentielle
de
janvier 2010, après avoir juré de s'effacer, n'amuse plus. D'autant qu'il
récuse toute responsabilité dans le carnage, imputé à un
"complot"
imaginaire. "J'ai hérité, avance-t-il, d'une armée où le
caporal peut dire
merde au général." Pas faux. Brutale, indisciplinée, la troupe
est
tiraillée par des tensions ethniques aiguës. Issu d'une ethnie
forestière
minoritaire - les Guerzés - "Dadis" semble soumis aux appétits des
caïds
galonnés de sa caste. Lesquels recrutent en catimini d'ex-rebelles
libériens ou sierra-léonais. Le salut de la Guinée, qui n'a connu que
la
dictature depuis l'indépendance, passe par une profonde réforme de cette
soldatesque. Avec ou sans l'ubuesque "Idi Amin Dadis". Ce serait mieux
sans.

V.H.

Niger: l'ivresse du pouvoir et de l'atome

Le président Mamadou Tandja devait s'effacer fin 2009, au terme de deux
quinquennats successifs. Il n'en fera rien. Le référendum du 4 août
prolonge son bail de trois ans et l'autorise à briguer ensuite autant de
mandats qu'il lui plaira. Gare à quiconque prétend entraver son dessein:
Tandja a dissous l'Assemblée nationale puis la Cour constitutionnelle,
avant de gouverner par décrets. De même, il neutralise ses rivaux,
poursuivis pour malversations financières, et harcèle les
députés
réfractaires. Autant dire que les législatives du 20 octobre,
boycottées
par l'opposition, tiennent de la mascarade.

A Paris, on grommelle. D'autant que l'autocrate nigérien bafoue
l'engagement de "partir la tête haute" souscrit en mars devant Nicolas
Sarkozy. Mais il faut bien sauvegarder l'emprise d'Areva - qui a arraché
au prix fort l'exploitation du gisement d'uranium d'Imouraren - menacée
par une vigoureuse offensive chinoise.

Le bricolage constitutionnel a d'autres adeptes. A l'instar du maître du
Cameroun - Paul Biya - le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré,
s'apprête à "revisiter" la loi fondamentale, histoire de briguer en
toute
quiétude un quatrième mandat.

Au rayon des simulacres électoraux, le Congo-Brazzaville mérite une
mention spéciale: nourri au lait du parti unique et de la loi des armes,
Denis Sassou Nguesso a été réélu le 12 juillet avec 78,61% des
voix. Score
écrasant, qui ne l'aura pas dispensé de former un gouvernement
verrouillé
par son clan mbochi.

Gabon: une élection royale

Crédité, le 30 août, de 41,73% des suffrages, Ali Bongo Ondimba coiffe
donc la couronne de son illustre père, au prix d'un scrutin à un tour
vivement contesté. Conseiller occulte de "Sarko" et figure de proue d'une
Françafrique revigorée, Robert Bourgi avait levé le voile sur le
calcul
élyséen: "Ali est le meilleur garant des intérêts de la
France." Entachée
de fraude, la victoire de "Monsieur Fils" apparaît aussi comme le gage le
plus sûr d'un essor de la francophobie, notamment au sein d'une jeunesse
amère et désoeuvrée.

Les précédents dynastiques invitent à la circonspection. Pour preuve,
le
Togo. Intronisé par l'armée à la mort de son père, puis
élu sur fond de
répression meurtrière, Faure Gnassingbé peine encore à asseoir
sa
légitimité, y compris au sein de son clan familial. En témoignent les
purges consécutives au coup d'Etat avorté d'avril, attribué à
son
demi-frère Kpatcha. Prochain test: la présidentielle de février-mars
2010.

La tentation héréditaire n'épargne pas le Sénégal,
théâtre en 2000 d'une
alternance exemplaire. Quand Abdoulaye Wade, 83 ans, annonce le 17
septembre 2009 qu'il compte briguer un nouveau septennat en 2012, c'est
avant tout pour panser les plaies de la mouvance présidentielle,
déchirée
par la perspective d'une candidature de son fils Karim.

Côte d'Ivoire: au pays du perpétuel report

Gouailleurs, les Abidjanais ironisent sur ce "mandat-bonus" : quatre ans
après le terme de son quinquennat, Laurent Gbagbo préside toujours le Pays
des éléphants. Et il faudrait un miracle pour que soit respectée
l'échéance du 29 novembre. Retards administratifs et impasses
financières?
Soit. Mais les Ivoiriens payent avant tout la fracture Nord-Sud, rançon du
coup d'Etat manqué de 2002. D'autant que le cantonnement des ex-rebelles
et le désarmement des miliciens patinent.

Madagascar: une transition en cale sèche

Signé le 9 août, l'accord de Maputo (Mozambique) jette les bases d'un
gouvernement d'union censé piloter la Grande Ile jusqu'aux élections
générales, fin 2010. On en est loin. Andry Rajoelina, qui a
évincé, en
mars, l'autocrate élu Marc Ravalomanana, tient à garder la main sur les
portefeuilles clés. Bref, ça coince. Au point que ses rivaux, les
ex-présidents Ravalomanana, Ratsiraka et Zafy, ont vainement prié
l'armée
d'assumer l'intérim...

Au fil de cet inquiétant voyage, on aura appris la formule magique du "bon
coup d'Etat": celui qui fait échec à l'anarchie, que blanchit la
lessiveuse électorale et dont les auteurs restaurent un ersatz d'ordre
constitutionnel.


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